CORRUPTION À LA FSF ? LE DOSSIER DEVANT LE TRIBUNAL ARBITRAL DU SPORT QUI DÉRANGE
- Brahim Al Maghribi
- il y a 3 heures
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La tempête médiatique déclenchée par la décision de la Confédération africaine de football d’attribuer la CAN 2025 au Maroc a donné lieu à une avalanche d’accusations venues du Sénégal. Officiels, joueurs et président, responsables politiques ont évoqué pêle-mêle corruption, injustice et manipulation, allant jusqu’à réclamer une enquête internationale. Pourtant, à y regarder de plus près, cette posture morale pose une question essentielle : ces accusations sont-elles crédibles au regard des propres pratiques internes du football sénégalais ?
Car derrière les déclarations indignées se cache une réalité bien moins reluisante, révélée notamment par un dossier explosif actuellement devant le Tribunal arbitral du sport.
Tout commence lors de la finale de la CAN 2025. Dans les dernières minutes, les joueurs sénégalais quittent la pelouse en pleine rencontre pour protester contre une décision arbitrale. Le match est interrompu pendant près d’un quart d’heure avant de reprendre.
Ce geste, loin d’être anodin, constitue une violation claire des règlements de la CAF. L’instance continentale s’appuie alors sur ses textes disciplinaires pour prononcer une décision lourde de conséquences : le Sénégal est déclaré forfait, et le titre est attribué au Maroc.
Face à cette décision de la Commission d’Appel de la CAF, la Fédération sénégalaise de football dénonce une injustice “illégale” et évoque même des soupçons de corruption au sein de la CAF.
Mais cette indignation soulève un paradoxe majeur. Car au même moment, un autre dossier, beaucoup moins médiatisé, vient fragiliser sérieusement la crédibilité du discours sénégalais. Il s’agit du recours introduit par Mady Touré contre la Fédération sénégalaise de football devant le TAS.
Ce dossier, examiné en mars 2026, porte sur l’élection à la présidence de la fédération. Et les accusations sont particulièrement graves. Mady Touré dénonce un processus électoral entaché d’irrégularités majeures. Selon ses éléments, une anomalie troublante aurait été constatée lors du vote : le nombre de bulletins dépasserait le nombre réel de votants. Une “voix de trop”, signalée par un huissier, qui remet directement en cause la sincérité du scrutin.
Au-delà de cette irrégularité technique, le recours évoque également des soupçons de corruption et de manipulation interne. L’existence même de ces accusations devant la plus haute juridiction sportive mondiale suffit à jeter une ombre sérieuse sur la gouvernance du football sénégalais.
Dès lors, une contradiction flagrante apparaît. Comment une fédération dont les propres élections sont contestées devant le Tribunal arbitral du sport peut-elle se poser en donneuse de leçons en matière d’intégrité ?
Comment dénoncer une prétendue corruption au niveau continental, tout en étant soi-même au cœur d’un litige portant précisément sur des irrégularités électorales ?
La question mérite d’être posée, d’autant plus que la décision de la CAF repose sur un principe fondamental du football qui est le respect des règles du jeu. Il est essentiel de rappeler que la décision prise à l’encontre du Sénégal ne relève de l’application stricte des règlements en vigueur de la Confédération africaine de football. Le Code disciplinaire de l’instance est sans ambiguïté : toute équipe qui abandonne un match ou quitte le terrain sans l’autorisation de l’arbitre est automatiquement déclarée perdante par forfait. Or, les lois du jeu établies par l’IFAB confèrent à l’arbitre une autorité totale sur le déroulement de la rencontre, rendant toute sortie unilatérale du terrain juridiquement fautive. Sur cette base, la Commission d’Appel de la CAF a logiquement prononcé la sanction, vérifiant la conformité de la procédure et l’exacte application du règlement. Autrement dit, loin d’un prétendu complot, il s’agit d’une décision juridique mécanique, fondée sur des textes clairs et acceptés par toutes les fédérations membres.
Il ne s’agit donc pas d’une décision arbitraire, mais bien de l’application stricte d’un cadre juridique accepté par toutes les fédérations, y compris le Sénégal.
En réalité, ce dossier dépasse largement le simple cadre sportif. Il révèle une tendance inquiétante qui est celle de transformer une sanction réglementaire en polémique politique, en brandissant des accusations de corruption sans preuve solide, tout en occultant ses propres failles internes.
Le recours devant le TAS sera déterminant. Il dira le droit, froidement, loin des émotions et des déclarations médiatiques.












