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DICOURS ROYAL DU 21 SEPTEMBRE 2004


Discours de S.M. le Roi Mohammed 6 devant la 59-ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies à New-York.


Louange à Dieu


Prière et Salut sur le Prophète,


Sa Famille et Ses Compagnons

Monsieur le Président,


Majestés, Altesses, Excellences,


Monsieur le Secrétaire Général,


Mesdames et Messieurs,

C'est avec plaisir que Je vous félicite, Monsieur le Président, pour votre élection à la présidence de la cinquante-neuvième Session de l'Assemblée générale des Nations Unies. Nous y voyons une reconnaissance et un hommage rendu au continent africain, et au pays frère, le Gabon. Je suis convaincu que, grâce à votre longue expérience, vous saurez poursuivre et développer l'effort méritoire accompli par votre prédécesseur, Son Excellence M. Julian Hunte pour revitaliser le rôle des Nations Unies et en rehausser le prestige.


Je voudrais rendre hommage à l'action soutenue que mène pour la réalisation des objectifs de notre Organisation, Son Excellence le Secrétaire général, M. Kofi Annan, auquel nous tenons à renouveler notre confiance et notre appui sans faille.


Le monde d'aujourd'hui se trouve face à des risques majeurs et des périls de toutes sortes dont l'ampleur exige un renouveau du multilatéralisme. Aussi devons-nous nous interroger : est-ce que le système onusien, dans sa configuration actuelle, est en mesure d'apporter des solutions adéquates et judicieuses aux divers dysfonctionnements internationaux ?

Au lieu qu'à la fin de la guerre froide, l'essor technologique et scientifique et l'ouverture des marchés se traduisent par une sécurité et une prospérité accrues, le monde est, paradoxalement, en butte à des conflits douloureux qui obèrent ses potentialités humaines et matérielles au détriment de son essor et son développement. Il souffre, en outre, d'un recul des valeurs et des idéaux humains, parallèlement à une montée des intégrismes et à un réveil marqué des démons de l'extrémisme et du terrorisme. On assiste à un approfondissement du fossé qui sépare un Nord nanti d'un Sud démuni.


L'Afrique est le continent le plus accablé par les fléaux de la pauvreté, de la famine, de la désertification et de diverses pandémies meurtrières. Il s'y ajoute l'immigration illégale, le déferlement des réfugiés et le déplacement forcé des personnes, autant de maux que les pays du Sud sont incapables de juguler par leurs seuls moyens et en l'absence d'une coordination sans faille aux niveaux régional et international, et d'un appui efficient des efforts de développement local.


Les effets catastrophiques de cette situation prennent un relief plus dramatique, du fait des conflits ethniques, des tensions et des antagonismes régionaux, fléaux qui entravent et compromettent la transition démocratique, le développement et l'intégration régionale.


Aussi est-il impératif que la Communauté internationale multiplie les efforts pour faire prévaloir la logique du dialogue et de la négociation sur la logique de la force, de la destruction et de la guerre. Il lui appartient de mettre en oeuvre la diplomatie préventive, aux niveaux régional et international, pour préserver la paix et la sécurité dans notre continent.


A cet égard, le Royaume considère que le différend artificiel concernant le Sahara continue, malheureusement, à entraver la construction de l'Union du Maghreb Arabe.

A ce propos, Je tiens à réitérer, que le Royaume du Maroc demeure disposé à coopérer de manière sincère et déterminée avec les Nations Unies et avec toutes les parties concernées, afin de parvenir à une solution politique, négociée et définitive dans le cadre de la légalité internationale, une solution garantissant la souveraineté, l'unité nationale et l'intégrité territoriale du Royaume et permettant aux habitants de ses provinces du Sud, de gérer eux-mêmes leurs affaires régionales, dans un environnement démocratique, stable et propice au développement intégré.

Une telle solution est de nature à épargner à la région le risque de devenir un foyer de tension. Favorisant l'intégration maghrébine, elle permettra, de surcroît, à l'Union du Maghreb Arabe de jouer pleinement son rôle dans son environnement méditerranéen et dans ses relations avec les Etats du Sahel africain, afin d'éviter à la région du Nord-ouest africain, dans son ensemble, les risques de balkanisation et les menaces du terrorisme international.


Membre actif de la famille africaine et de la communauté internationale, le Royaume du Maroc tient à poursuivre sa coopération avec les Nations Unies et la communauté internationale, en vue de parvenir à des solutions pacifiques pour régler les différends.

C'est ainsi qu'il se porte volontaire pour participer aux forces onusiennes de maintien de la paix, comme c'est le cas actuellement au Congo démocratique et en Côte d'Ivoire. De même qu'il se prête volontiers aux efforts visant la réconciliation et le règlement des différends, à l'image de l'action de médiation que nous avons engagée pour le règlement de la crise dans la région du Fleuve Mano.


Le Maroc est fier d'apporter son concours et son appui aux efforts que déploie l'Afrique pour relever les défis de la paix, du développement, du progrès et de la bonne gouvernance. C'est là, du reste, l'objectif du NEPAD, initiative que nous exhortons la communauté internationale à appuyer et accompagner, d'autant plus qu'il s'agit d'un projet ambitieux réclamant un effort gigantesque qui dépasse les capacités propres des Etats africains. En effet, il nécessite des ressources considérables et un traitement novateur, volontariste et généreux du problème de la dette. Le Maroc, pour sa part, a déjà pris des initiatives dans ce sens.


Avec la même volonté sincère, nous demeurons engagés auprès de la communauté internationale pour la recherche d'une solution juste, globale et durable au conflit arabo-israélien dans le cadre de la légalité internationale et de façon qui garantisse le retrait d'Israël de tous les territoires arabes occupés et l'établissement d'un Etat palestinien indépendant et viable, avec, pour capitale, Al Qods Al Charif et vivant dans la paix et la concorde, côte à côte avec l'Etat d'Israël.


En Notre qualité de Président du Comité Al Qods, Nous demeurons disposé à prendre toute initiative et appuyer tout effort positif qui favorise le retour de la paix et de la concorde dans cette région, berceau des religions célestes et de tant de civilisations. Nous tenons toutefois, à mettre en garde de nouveau contre toute atteinte aux lieux de culte sacrés et les conséquences désastreuses qui en découleraient.


Le Maroc souhaite que tout soit mis en oeuvre pour aider l'Irak à sortir de la mauvaise passe où il se trouve, et pour appuyer son gouvernement intérimaire dans les efforts visant à instaurer la stabilité et la sécurité pour les Irakiens, et à créer un climat propice à l'organisation d'élections permettant au peuple irakien dans toutes ses composantes, de choisir ses institutions en toute liberté et dans la sérénité la plus totale.



Monsieur le Président,


Pour relever les défis du tournant historique qu'elle a amorcé, la communauté internationale n'a d'autre choix que de revigorer et impulser le renouveau du multilatéralisme.


Au lendemain des première et deuxième guerres mondiales, les peuples ont pris la mesure de la pertinence et de la nécessité de mettre en place un système onusien capable d'organiser et de structurer les relations internationales dans le cadre du droit et de la légalité. Or, les antagonismes et les guerres économiques féroces qui déchirent le monde, ainsi que les conflits ethniques, les extrémismes dogmatiques et les dangers terroristes, occultés ou déclarés, ne sauraient être traités par la mise en place d'un système de rechange.

En revanche, J'ai la conviction que l'Organisation des Nations Unies qui a contribué au règlement de nombreuses crises, est parfaitement capable d'assurer une gestion pacifique et civilisée de la situation internationale, en dynamisant le système existant.


Encore faut-il, pour y parvenir, redonner de la vigueur au processus de réforme et de revitalisation de l'ONU et de ses organes, y compris le Conseil de Sécurité, et leur assurer les moyens d'action adaptés aux nouveaux repères géopolitiques du 21e siècle. C'est à ce prix, en effet, que le système onusien pourra s'ériger en forum idéal de négociation et d'interaction culturelle et cultuelle où règnent les idéaux et les valeurs sublimes de l'humanité. Ce système sera un instrument efficace voué à la consolidation de la sécurité et de la stabilité, et à la concrétisation des objectifs de développement durable.


En présidant le Groupe des 77 plus la Chine, et en participant aux différents forums régionaux et internationaux, notamment les Conférences de Doha, Monterrey et Johannesburg, le Maroc s'est assigné pour mission prioritaire dans son action diplomatique, d'apporter un concours efficient à l'édification de ce multilatéralisme. Il entend poursuivre son action pour la concrétisation des objectifs de développement du Millénaire et pour le respect d'un certain nombre d'engagements pris par les nations et les institutions financières et commerciales internationales.

Le Maroc réaffirme avec force son engagement constant de continuer à oeuvrer, de concert avec vous, en faveur d'un renouveau concret du multilatéralisme, reposant sur la légalité internationale, la solidarité et l'équité dans les relations économiques et sociales, et, s'appuyant sur l'efficience et le dynamisme du système onusien dans l'accomplissement de sa mission.


Telle est la voie à suivre pour renforcer la confiance dans l'Organisation des Nations Unies. Conscience vive de l'humanité, cette institution devrait constituer la clef de voûte du nouvel ordre mondial. Celui-ci doit avoir pour fondements la paix, la sécurité globale, le co-développement, et les valeurs d'égalité, de tolérance, de démocratie et de fraternité.


Wassalamou alaikoum warahmatou Allah wa barakatouh ".

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