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KOULOUGHLI, LE MOT TABOU QUI TRAHIT TROIS SIÈCLES DE DOMINATION OTTOMANE

KOULOUGHLI, LE MOT TABOU QUI TRAHIT TROIS SIÈCLES DE DOMINATION OTTOMANE

En Algérie, il existe deux insultes considérées comme les plus graves dans le registre populaire : traiter quelqu'un de "harki" ou de "Kouloughli". La première désigne ceux accusés d'avoir collaboré avec la France durant la colonisation. La seconde, le "Kouloughli", désigne les descendants des janissaires ottomans et des femmes locales. Ce qui est frappant, c'est que l'utilisation de ce terme comme insulte suprême révèle involontairement une réalité historique que le régime algérien s'emploie méthodiquement à effacer : bien avant l'arrivée française, le territoire qui est aujourd'hui l'Algérie a connu trois siècles de domination ottomane directe.


C'est un ambassadeur turc qui a involontairement mis le feu aux poudres. Le 17 septembre 2024, Muhammet Mucahit Küçükyılmaz, représentant de la Turquie à Alger, a cru flatter ses hôtes en rappelant devant un auditoire algérien que plusieurs millions de ses compatriotes seraient d'ascendance turque, reconnaissables à leurs patronymes. Des noms comme Sarı, Kara, Barutçu ou Telci, dit-il, témoignent d'une filiation avec les familles venues d'Anatolie ou avec les Qul-Oglu, enfants nés des unions entre les janissaires ottomans et les femmes locales. Il a évoqué l'héritage culinaire partagé, le börek, le baklava, la dolma, le shakshuka, ainsi que les arts décoratifs et l'architecture, concluant par une formule qui a déclenché une tempête dans les médias algériens : "Lorsque vous vous promenez dans les ruelles de la Casbah, vous avez l'impression de vous balader à Süleymaniye ou à Fatih, à Istanbul." Dans une Algérie qui construit depuis 1962 un récit national fondé sur l'unicité de sa résistance et l'antériorité de son identité, ces mots furent reçus comme une offense.



Pourtant, la réalité historique qu'ils décrivent ne souffre d'aucune contestation sérieuse. La Régence d'Alger a existé de 1516 à 1830, date de l'invasion française. Elle naît de l'appel des notables d'Alger aux frères corsaires Arudj et Khayr ad-Din Barberousse, d'origine grecque et turque, pour les défendre contre la pression espagnole sur les côtes nord-africaines. En 1519, Khayr ad-Din offre formellement sa sujétion au sultan ottoman Sélim Ier, qui lui envoie en retour deux mille janissaires équipés d'artillerie. La Library of Congress américaine, dans son Country Study consacré à l'Algérie, une source universitaire de référence produite hors de tout intérêt partisan, résume ainsi cette réalité : sous la régence de Khayr ad-Din, "Alger devint le centre de l'autorité ottomane en Afrique du Nord, depuis lequel Tunis, Tripoli et Tlemcen seraient soumises, et l'indépendance du Maroc menacée." L'historien Henri-Delmas de Grammont, dont l'ouvrage "Histoire d'Alger sous la domination turque : 1515-1830", publié aux éditions Bouchène, reste la référence française sur le sujet, documente comment le turc ottoman était la langue officielle de l'administration, comment les Arabes et les Berbères étaient systématiquement exclus des fonctions gouvernementales, et comment les janissaires, recrutés en Anatolie, formaient une caste militaire étrangère au territoire qu'ils administraient.


Cette domination a laissé des traces profondes et durables dans le tissu social de la région. Le phénomène Kouloughli en est la manifestation la plus visible. Les Qul-Oglu, terme ottoman signifiant littéralement "fils de serviteur", désignent les enfants nés d'unions entre les janissaires et les femmes locales. Dès le début du XVIIe siècle, leur nombre était déjà significatif dans la seule ville d'Alger, formant une population intermédiaire ni pleinement acceptée par l'élite turque ni entièrement fondue dans la population locale. Le fait que ce terme soit aujourd'hui utilisé comme l'une des pires insultes possibles dans le vocabulaire populaire algérien dit quelque chose d'essentiel sur le rapport que ce pays entretient avec son propre passé. On n'insulte pas avec un mot anodin. On insulte avec quelque chose qui fait mal parce qu'il touche à une vérité refoulée.


KOULOUGHLI, LE MOT TABOU QUI TRAHIT TROIS SIÈCLES DE DOMINATION OTTOMANE

Le régime algérien, depuis 1962, a construit un récit national centré sur la seule période d'occupation française, présentant les 132 ans comme l'unique domination que le peuple algérien aurait eu à subir. La période ottomane est présentée dans les manuels scolaires comme une époque d'indépendance pré-nationale, comme si la Régence d'Alger avait constitué un État algérien souverain. Ce récit ignore une réalité documentée par l'ensemble de l'historiographie internationale : la Régence n'a jamais débouché sur la formation d'un État national. Contrairement à la Tunisie, dont la dynastie husseinite a développé une personnalité politique propre, la Régence d'Alger est restée une province ottomane administrée depuis Istanbul, par des fonctionnaires venus d'Anatolie, dans une langue étrangère aux populations locales. La vision néo-ottomane de la Turquie contemporaine, exprimée notamment par le député Bahadır Nahit Yenişehirlioğlu qui a déclaré que l'Empire ottoman avait commis une erreur en cédant "la province turque d'Algérie" à la France en 1830, heurte de plein fouet cette narration officielle. Elle ne fait pourtant que prolonger ce que l'histoire a toujours su.


Le contraste avec le Maroc est ici fondamental, et il éclaire quelque chose d'essentiel sur la différence de nature entre les deux États voisins. Pendant toute la période où la Régence d'Alger se constituait comme province ottomane, le Maroc ne cédait pas. Les dynasties saadienne puis alaouite ont résisté à toutes les tentatives d'expansion ottomane vers l'ouest. La Library of Congress américaine, dans ce même Country Study, le formule explicitement : l'autorité ottomane s'est étendue depuis Alger vers Tunis, Tripoli et Tlemcen, mais l'indépendance marocaine a résisté. Cette résistance a son moment fondateur : la bataille de Wadi al-Makhazin en 1578, connue sous le nom de bataille des Trois Rois, où le sultan saadien Abd el-Malik, pourtant soutenu par les Ottomans dans sa montée au pouvoir, repousse définitivement toute ambition expansionniste extérieure et confirme la souveraineté du Royaume. Aucun janissaire n'a jamais administré Fès, Marrakech ou Meknès. Aucun pacha nommé depuis Istanbul n'a jamais gouverné le Maroc. L'architecture, la langue, les arts, les institutions du Royaume sont le produit d'une continuité dynastique ininterrompue, ancrée dans son propre sol depuis des siècles.


SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, Commandeur des croyants et descendant direct du Prophète ﷺ par la lignée alaouite, incarne cette continuité que le Maroc n'a jamais rompue. La monarchie marocaine, la plus ancienne du monde arabe encore en exercice, a traversé les dynasties idrisside, almoravide, almohade, mérinide, saadienne et alaouite sans jamais abdiquer sa souveraineté devant une puissance extérieure. C'est cette profondeur historique, cette continuité étatique et cette solidité identitaire qui fondent aujourd'hui la crédibilité internationale du Royaume, reconnue aussi bien par ses partenaires européens et américains que par les institutions financières mondiales qui classent le Maroc comme l'économie la plus fiable du continent africain.


L'incident diplomatique provoqué par l'ambassadeur turc n'a pas créé un problème nouveau pour l'Algérie. Il a simplement mis en lumière, une nouvelle fois, la fragilité d'un récit national construit sur des omissions. L'histoire ne se rédige pas par décret, et les mots qu'une société choisit de transformer en insultes disent souvent plus sur elle-même que tous les manuels officiels réunis.



3 commentaires


Membre inconnu
25 sept. 2025

L'Algérie est constituée de plusieurs peuples issus de plusieurs partouze de civilisation, c'est pas moi qui dit cela mais c'est Charles de Gaulle le fondateur de l'Algérie lors du référendum d'autodétermination.

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Mourad Bourahla
Mourad Bourahla
28 sept. 2025
En réponse à

Non c maroc la partouze romain byzantin sénégalais portugais espagnole français et touriste leq senghouli descendant soldats sénégalais portugais espagnole français abid bokhari

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Membre inconnu
25 sept. 2025

Excellent article, les karghoulis savent que pester mais l’histoire est là et parle d’elle même dans les rue d’ALGER..


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