LA VÉRITÉ SUR LE DOSSIER GALVAN, COMMENT UN SCANDALE EST DEVENU UNE ARME DE PROPAGANDE
- Brahim Al Maghribi

- il y a 6 heures
- 3 min de lecture

Pendant plus d’une décennie, une phrase a circulé, répétée à l’envi, souvent sans nuance par les relais de propgandes du régime algérien sur la toile : « le Maroc a gracié un pédophile ». L’assertion est simple, percutante, et pourtant, elle ne résiste pas à une lecture rigoureuse des faits.
Car l’affaire Daniel Galvan, loin d’être un acte de clémence assumé envers un criminel, s’inscrit en réalité dans une séquence diplomatique, administrative et judiciaire bien plus complexe et largement documentée, y compris par la presse espagnole.
Tout commence en 2011. À Kénitra, un tribunal marocain condamne un ressortissant espagnol d’origine irakienne, Daniel Galvan, à 30 ans de prison ferme pour des viols sur onze mineurs âgés de 4 à 15 ans. Une affaire sordide, marquée par des faits d’une extrême gravité, qui choque profondément l’opinion publique.
Pendant deux ans, l’homme purge sa peine au Maroc. Rien ne laisse alors présager que son nom deviendra l’un des plus controversés de la relation maroco-espagnole.
L’été 2013 marque un tournant. Le roi d’Espagne, Juan Carlos I, effectue une visite officielle au Maroc. Dans ce contexte, et comme cela se pratique régulièrement entre États, une procédure de grâce royale est engagée. Elle concerne 48 détenus espagnols incarcérés au Maroc, dans un cadre présenté comme relevant de la coopération bilatérale.
C’est dans cette liste que figure Daniel Galvan. Un détail, pourtant essentiel, est souvent omis dans les récits approximatifs des mouches électroniques algériennes : selon des sources proches du dossier à Madrid, relayées par plusieurs agences de presse, les autorités espagnoles avaient elles-mêmes transmis des listes distinctes, l’une pour des grâces, l’autre pour des transferts de détenus vers l’Espagne afin qu’ils y purgent leur peine. Galvan apparaissait dans cette seconde catégorie.
Autrement dit, son cas relevait initialement d’un transfert, et non d’une libération pure et simple.
Le 30 juillet 2013, la décision de grâce est annoncée. Quelques jours plus tard, l’information selon laquelle un pédocriminel figure parmi les bénéficiaires se répand rapidement. L’indignation est immédiate. Des manifestations éclatent dans plusieurs villes marocaines, révélant l’ampleur du choc dans l’opinion publique.
Face à cette colère, les autorités réagissent en urgence. Le 4 août 2013, la grâce est officiellement annulée, une décision exceptionnelle dans l’histoire récente du pays. Dans le même temps, une enquête interne est lancée. Elle aboutit rapidement à une conclusion sans ambiguïté : des informations erronées ont été transmises au Cabinet royal concernant la situation pénale de Daniel Galvan.
Cette reconnaissance officielle change profondément la lecture de l’affaire. Elle établit qu’il ne s’agissait pas d’une décision prise en connaissance de cause, mais d’un dysfonctionnement administratif dans la chaîne de transmission des informations. Cette erreur de transmission des informations a conduit à la révocation de Hadid Benhachem, le directeur de l'administration pénitentiaire.
La réaction ne s’arrête pas là. Dès le lendemain, le Maroc émet un mandat d’arrêt international. Le 5 août 2013, Daniel Galvan est localisé puis arrêté dans un hôtel de Murcie, dans le sud-est de l’Espagne, par les autorités espagnoles.
Présenté devant l’Audience nationale à Madrid, il est placé en détention provisoire en raison notamment du risque de fuite et de la gravité des faits qui lui sont reprochés.
Le Maroc demande alors son extradition mais le dossier se heurte à une réalité juridique classique dans les relations internationales : l’Espagne n’extrade pas ses propres ressortissants. Une contrainte qui complique la procédure et empêche son retour au Maroc, malgré la demande officielle des autorités marocaines.
Dans le même temps, la justice espagnole s’intéresse de près à son passé. Des plaintes émergent pour des faits d’abus sexuels commis en Espagne plusieurs années auparavant, renforçant le profil déjà lourdement accablant du suspect.
Au final, Daniel Galvan reste incarcéré en Espagne, dans le cadre de procédures judiciaires locales, tandis que le scandale continue de produire ses effets politiques et médiatiques des deux côtés de la Méditerranée.
Avec le recul, les faits apparaissent nettement plus nuancés que le récit simplifié qui en est souvent fait par les machines à propagandes du régime algérien.
Oui, une erreur grave a été commise dans le processus de grâce et cette erreur a provoqué une indignation légitime au Maroc mais les éléments établis montrent aussi autre chose : une réaction rapide des autorités, une annulation immédiate de la décision, une enquête interne ayant identifié des défaillances administratives, et une coopération judiciaire ayant conduit à l’arrestation du suspect en Espagne.
Autant de faits, documentés et vérifiables, qui contrastent fortement avec les lectures caricaturales qui continuent de circuler.
Dans cette affaire, plus que jamais, la précision des faits vaut mieux que la répétition des slogans.






Commentaires