LE COMPLEXE ALGÉRIEN FACE AU MAROC, ANALYSE SOCIOLOGIQUE D'UNE OBSESSION IDENTITAIRE
- Brahim Al Maghribi

- il y a 2 heures
- 12 min de lecture

Il existe des nations qui naissent avec une mémoire et il en existe d'autres qui naissent sans. Pour les premières, l'histoire est un héritage qu'on transmet, qu'on défend, parfois qu'on dispute, mais qui existe. Pour les secondes, l'histoire est un chantier urgent, une dette à combler, un vide angoissant qu'aucun discours officiel ne parvient à remplir durablement. Ce vide, quand il est profond, produit deux réactions possibles : l'humilité de celui qui admet ce qu'il ne sait pas encore, ou l'arrogance de celui qui s'empare de ce qui appartient à l'autre pour habiller son propre manque.
L'Algérie a choisi la seconde voie puisque depuis six décennies, et avec une systématicité qui ne doit rien au hasard, l'État algérien conduit une entreprise de falsification historique dont le Maroc est la principale cible et dont les victimes collatérales s'étendent jusqu'à l'Égypte pharaonique. Cette entreprise n'est pas le fruit de quelques propagandistes isolés mais une politique d'État, documentée par des historiens français, dénoncée par des historiens algériens eux-mêmes, et analysée par les plus grandes universités du monde comme le cas d'école le plus accompli de ce qu'Eric Hobsbawm et Terence Ranger ont théorisé en 1983, dans leur ouvrage fondateur The Invention of Tradition publié chez Cambridge University Press : la fabrication délibérée, par un État, de traditions et d'identités inexistantes, pour combler un vide que l'histoire réelle ne permet pas de remplir.
En 1983, Eric Hobsbawm et Terence Ranger publient chez Cambridge University Press un ouvrage collectif qui bouleverse la compréhension des nationalismes modernes. The Invention of Tradition démontre avec rigueur que de nombreux États, confrontés à l'absence d'une profondeur historique suffisante pour légitimer leur existence, fabriquent délibérément des traditions présentées comme anciennes, des récits présentés comme immémoriaux, des identités présentées comme organiques, là où il n'existe en réalité qu'un vide. Cette fabrication n'est pas le propre des régimes autoritaires. Elle est, selon Hobsbawm, une tentation structurelle de tout État-nation qui ne dispose pas du substrat culturel et historique nécessaire à la construction d'une cohésion nationale authentique. La même année, Ernest Gellner publie Nations and Nationalism chez Blackwell, complétant ce tableau en distinguant deux types de nations : celles dont l'identité collective est le fruit d'une sédimentation historique réelle, transmise organiquement sur des siècles, et celles dont l'identité est construite par le haut, imposée par des appareils d'État, au service d'une légitimation politique. Ces deux œuvres académiques, produites sans aucun lien avec les dynamiques de l'Afrique du Nord, fournissent le cadre théorique le plus pertinent pour analyser ce que l'Algérie officielle entreprend depuis six décennies à l'égard du Maroc. Non pas de l'extérieur et avec polémique, mais de l'intérieur, avec la froideur que seuls les faits documentés autorisent.
Mais avant d'analyser ce que ce régime a entrepris de construire, il faut s'arrêter sur ce qu'il avait à disposition au départ. Et la réponse la plus accablante ne vient pas d'un historien marocain, ni d'un chercheur étranger. Elle vient d'un homme qui consacra toute sa vie à l'émancipation de son peuple et dont personne ne peut contester ni la sincérité ni l'engagement : Ferhat Abbas, premier président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, l'une des figures fondatrices du nationalisme algérien. Le 23 février 1936, dans les colonnes du journal L'Entente, il écrit ce qui constitue peut-être la confession la plus honnête jamais formulée par un acteur de l'histoire algérienne :
"Si j'avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste, et je n'en rougirais pas comme d'un crime. Les hommes morts pour l'idéal patriotique sont journellement honorés et respectés. Ma vie ne vaut pas plus que la leur. Et cependant, je ne mourrai pas pour la patrie algérienne, parce que cette patrie n'existe pas. Je ne l'ai pas découverte. J'ai interrogé l'histoire, j'ai interrogé les vivants et les morts, j'ai visité les cimetières, personne ne m'en a parlé."
Ces mots ne sont pas ceux d'un ennemi de l'Algérie mais ceux de son futur chef de gouvernement en exil, de l'homme que le mouvement d'indépendance lui-même choisira pour le représenter sur la scène internationale. Ferhat Abbas ne niait pas le peuple algérien. Il constatait, avec une honnêteté intellectuelle rare, l'absence de cette conscience nationale structurée, de cette mémoire collective transmise, de ce sentiment d'appartenance à une entité historique continue, précisément ce que Hobsbawm et Gellner définissent, quarante-sept ans plus tard, comme le substrat indispensable à toute identité nationale authentique. Ce que Ferhat Abbas cherchait en 1936 dans les cimetières et dans les livres d'histoire sans le trouver, Boumediene décidera trente ans plus tard de le fabriquer. C'est là que tout commence.
Le ton est donné dès l'indépendance par le premier président algérien Ahmed Ben Bella lui-même, dont la déclaration est rapportée par la presse algérienne comme "provocatrice et arrogante" : "nous sommes arabes, nous sommes arabes, nous sommes arabes." Une identité qu'on répète trois fois de suite n'est pas une évidence, c'est une injonction. Et une injonction qui sera contredite par la rue, les émeutes berbéristes, et finalement par la Constitution elle-même, trente-quatre ans plus tard.
Les textes constitutionnels algériens confirment ce que Ferhat Abbas avait formulé en 1936 avec une honnêteté prophétique. En 1963, la première Constitution algérienne définit le pays comme "terre d'Islam, partie intégrante du Maghreb et du monde Arabe, constitué d'une population de racine Arabe et culture Arabo-Musulmane." L'amazighité n'existe pas. Elle est absente du texte fondateur d'une nation censée la porter depuis des millénaires. Ce n'est qu'en 1996, trente-quatre ans après l'autodétermination que la Constitution algérienne introduit pour la première fois l'Amazighité comme "composante fondamentale de l'identité", aux côtés de l'Islam et de l'Arabité. Et c'est seulement en 2016, cinquante-quatre ans après l'indépendance que Tamazight est reconnue comme langue nationale et officielle, avec la création d'une Académie algérienne de la Langue Amazighe placée auprès du Président de la République.
Une identité nationale qui doit être ajoutée à sa propre Constitution par couches successives, sous la pression de la rue et des émeutes berbéristes, n'est pas une identité héritée. C'est une identité construite, négociée, bricolée entre des composantes qui se combattent. La Constitution ne précise d'ailleurs pas quel arabe est visé, arabe coranique, arabe littéraire ou arabe algérien, une ambiguïté manifestement voulue pour jouer sur plusieurs tableaux. La contradiction est inscrite dans le texte même de l'État.
Algeria-Watch, publication algérienne indépendante, le formule sans détour : "Le régime en place en Algérie a oublié de donner une identité algérienne au peuple, d'où la crise identitaire. Cette dernière est endémique et s'étend pour atteindre le sommet de l'État."
L'Expression, quotidien algérien, s'interroge ouvertement : l'Algérie asseoit constitutionnellement son identité sur un triptyque aux trois composantes, "à moins que cela ne soit qu'un simple discours politique."
Ce diagnostic n'est pas marocain mais algérien. Prononcé par des Algériens, dans des journaux algériens, à propos de leur propre pays. C'est dans ce vide documenté, reconnu et constitutionnellement visible que Boumediene va décider de commander une histoire.
Kateb Yacine, né en 1929 dans une famille chaoui d'origine amazighe, est le plus grand écrivain qu'ait produit l'Algérie, reconnu par l'Encyclopaedia Universalis, joué à la Comédie-Française, honoré dans des rues parisiennes. Et méthodiquement ignoré dans les manuels scolaires de son propre pays. Un État ne censure pas ce qui le conforte mais il efface ce qui le fragilise. Ce que Kateb Yacine fragilisait, c'est précisément l'identité officielle que Boumediene avait commandée à ses historiens et il l'a dit en 1987 avec la clarté de quelqu'un qui n'a plus rien à perdre : "Nous avons mis fin au mythe ravageur de l'Algérie française, mais pour tomber sous le pouvoir d'un mythe encore plus ravageur : celui de l'Algérie arabo-musulmane, par la grâce de dirigeants incultes. L'Algérie française a duré cent trente ans. L'arabo-islamisme dure depuis treize siècles. L'aliénation la plus profonde, ce n'est plus de se croire français, mais de se croire arabe. Il n'y a pas de race arabe, ni de nation arabe. Il y a une langue sacrée dont les dirigeants se servent pour masquer au peuple sa propre identité."
Il écrivait en français, lui, l'Algérien le plus éloquent de sa génération parce qu'aucune des langues officielles de son pays n'était vraiment la sienne. Ni le français, ni l'arabe imposé par décret. Il expliquait : "J'écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas français." Phrase d'une densité rare, celle d'un homme qui n'a pas de langue-maison.
La question de la construction d'une identité nationale algérienne n'est pas nouvelle dans la littérature académique. Benjamin Stora, historien spécialiste de l'Algérie à l'Université Paris 13, l'a documentée avec précision : l'écriture de l'histoire nationale algérienne après l'autodétermination a été confiée non à des historiens professionnels mais à des idéologues du parti FLN, au sein d'un dispositif institutionnel contrôlé par l'État. Ce n'est pas une opinion marocaine mais le constat d'un historien français, spécialiste reconnu de la question, publié dans ses travaux académiques.
L'historien français Guy Pervillé a décrit ce phénomène avec la formule cinglante d'"hyper commémoration obsessionnelle", une fuite en avant mémorielle visant à compenser l'absence de profondeur historique par une surproduction commémorative. Et pour alimenter cette surproduction, il fallait une matière première. C'est dans cet contexte que Houari Boumediene, après son coup d'État de 1965, donne une impulsion décisive à ce qui deviendra une entreprise d'appropriation culturelle sans précédent dans la région.
C'est à cette époque que furent créés le Centre des Archives Nationales et le Centre National des Études Historiques (CNEH), intégrés dans un dispositif auquel participaient le FLN et l'Organisation des moudjahidines, dont l'objectif déclaré était la mise en œuvre d'une politique d'"écriture et de réécriture de l'histoire". Le mot réécriture est central. On ne réécrit pas ce qu'on n'a jamais écrit mais on réécrit ce que d'autres ont écrit, en substituant des noms, en inversant des attributions, en produisant par décret ce que les siècles n'ont pas déposé naturellement.
Mohammed Harbi, historien algérien de premier rang et ancien membre du FLN, paya de sa liberté sa résistance à cette falsification institutionnelle. Condamné pour avoir contesté l'histoire officielle, il fut contraint à l'exil en France. Ce destin dit tout sur la nature du régime historique algérien : on n'y discute pas l'histoire, on l'édicte. Et ceux qui résistent au mensonge institutionnalisé sont exposés à la répression.
Mostefa Lacheraf, ministre de l'Éducation nationale sous Boumediene, paya lui aussi le prix de sa lucidité, non par l'exil comme Harbi, mais par la démission. Il refusa de cautionner une arabisation qu'il qualifiait lui-même d'"importée du Moyen-Orient", étrangère au génie propre des Algériens. Son ouvrage fondateur, "Algérie, nation et société", paru dès 1965 chez Maspero, est un livre entier consacré à définir ce qu'est l'Algérie, preuve que trois ans après l'indépendance, la question n'était toujours pas résolue. Soixante ans plus tard, un expert du comité constitutionnel algérien, Walid Aggoune, reconnaît publiquement que "l'idée de citoyenneté n'est pas encore admise dans notre pays" et que les équilibres identitaires sont "précaires" et "ne doivent pas être touchés pour l'instant." Des équilibres précaires qu'on ne peut pas toucher, c'est la définition exacte d'une identité imposée, pas transmise.
Boumediene trouva dans un certain Abou El Kacem Saâdallah, auteur d'un recueil de poèmes intitulé Victoire de l'Algérie rencontré à la fin des années 1960, l'homme providentiel de cette entreprise. Titulaire d'un doctorat en histoire moderne et contemporaine de l'Université du Minnesota en 1965, il fut propulsé au rang de référence intellectuelle nationale et enseigna à l'Université d'Alger. Le président Bouteflika dira plus tard que si Abdelkader avait fondé l'État algérien, Saâdallah avait fondé la culture algérienne à travers son encyclopédie en dix volumes intitulée L'Histoire Culturelle de l'Algérie. L'Université Alger 2 porte désormais son nom. Un prix académique national porte son nom et une institution entière porte son nom.
Le problème est que cet édifice de gloire repose sur un aveu involontaire que Saâdallah lui-même formule dans ses propres écrits. En l'absence de sources historiques, il prétend que les érudits algériens se sont volatilisés à travers le monde lors de l'occupation française en emportant tous les manuscrits, il dit avoir sillonné le monde, avec de fréquents séjours au Maroc, pour collecter les matériaux de cette histoire imaginaire. Le Maroc est donc, dans son propre récit, le principal dépôt de l'histoire qu'il s'apprête à réécrire sous l'étiquette algérienne. Il admet aller chercher au Maroc ce qu'il rebaptisera ensuite algérien. La méthode est dans l'aveu.
Depuis l'indépendance, le roman national algérien s'est construit sur une vision mythifiant le combat contre la présence française officielle entre 1830 et 1962, dans laquelle la période "précoloniale" est prolongée artificiellement jusqu'à 1500, voire au-delà, pour donner une profondeur temporelle à une entité politique qui n'existait pas. Mais une chronologie fabriquée ne suffit pas. Il faut des héros, des batailles, des dynasties, des savants. Et le Maroc, dont l'histoire est millénaire, documentée, reconnue par toutes les encyclopédies du monde, constitue un réservoir inépuisable pour cette entreprise de rameublage identitaire.
Les exemples ne manquent pas. Ibn Battuta, le plus grand voyageur de l'histoire humaine, né à Tanger en 1304, dont la marocanité est attestée par sa propre Rihla et confirmée par des dizaines d'universités mondiales, s'est vu affublé d'une "origine algérienne" dans certains supports pédagogiques diffusés en Algérie sans que ses thuriféraires ne prennent la peine de préciser de quelle ville il serait natif, puisque l'Algérie n'existait pas en 1304 et que Tanger, elle, existait depuis l'Antiquité.
La bataille des Trois Rois, dite d'Oued Al Makhazine, livrée le 4 août 1578 et qui constitue l'une des pages les plus glorieuses de l'histoire militaire marocaine, où le Sultan Ahmed Al Mansour Eddahbi repoussa l'invasion portugaise et mit fin aux ambitions de Sébastien Ier du Portugal, a été réattribuée à des "volontaires algériens" qui auraient sauvé l'Islam et l'arabité alors que l'Algérie, en tant qu'État, n'existait pas encore. La conclusion fut poussée à l'absurde : un officier algérien aurait profité de la confusion du champ de bataille pour se substituer au vrai Ahmed Saadi et se faire proclamer Sultan à sa place, faisant d'Ahmed Al Mansour Eddahbi un usurpateur algérien ayant spolié le trône marocain à son propriétaire légitime.
Il s'agit là non plus de propagande mais d'une pathologie historiographique qui dépasse la falsification ordinaire pour atteindre les rivages du délirant. Mais cette dérive n'est pas restée cantonnée à l'histoire marocaine. Les disciples de Saâdallah ont étendu leurs appétits jusqu'à l'Égypte, revendiquant des origines algériennes pour certains pharaons, et jusqu'aux guerres du Sinaï de 1973, où le corps expéditionnaire algérien aurait, selon leurs affirmations, empêché l'effondrement de l'armée égyptienne. La réaction égyptienne ne s'est pas fait attendre. Un journaliste du nom d'Emad Fawaz s'est érigé en spécialiste de la détection des hold-up algériens sur le patrimoine des nations voisines, accumulant des vidéos documentées et suivies par des millions de téléspectateurs, qui constituent aujourd'hui un corpus précieux sur l'ampleur industrielle de cette falsification.
Ce constat ne vient pas de sources extérieures à l'Algérie. Une thèse de master soutenue publiquement le 25 juin 2019 à l'Université Kasdi Merbah d'Ouargla (ci-dessous), rédigée par Belkacem Rafida et Hamra Dalal sous la direction du professeur Brabah Omar, est consacrée entièrement à la pensée de Mouloud Kasem Nait Belkacem, ministre algérien et figure centrale de la construction identitaire nationale. Son titre en dit plus que n'importe quel commentaire extérieur : إشكالية الهوية la problématique de l'identité. Qu'une université algérienne officielle qualifie d'emblée l'identité de son pays de "problème à résoudre" constitue en soi une confession académique involontaire. La même thèse documente que Mouloud Kasem rejetait explicitement l'arabité comme fondement identitaire, que ses contemporains intellectuels ne s'accordaient pas entre eux sur ce que signifie être algérien, et que la majorité de sa production intellectuelle prenait la forme d'articles de presse, faute d'une tradition de manuscrits et d'œuvres structurées comparable à celle que le Maroc conservait dans ses bibliothèques depuis des siècles. Nous mettons cette thèse à la disposition de nos lecteurs dans sa version originale arabe et dans sa traduction française complète, afin que chacun puisse mesurer l'ampleur de ce que l'Algérie officielle reconnaît elle-même.
La question sociologique de fond que pose ce phénomène est plus troublante encore que ses manifestations. Pourquoi une culture exposée pendant trois siècles à l'influence ottomane n'en a-t-elle presque rien intégré dans son patrimoine vivant ? Pourquoi 132 années de présence française n'ont-elles pas laissé dans la société algérienne une empreinte culturelle comparable à celle qu'elles ont laissée dans d'autres sociétés colonisées ? Pourquoi les importantes vagues de réfugiés andalous qui ont afflué vers ce territoire à la fin du XVe siècle n'ont-elles pas produit l'enracinement d'une culture néo-andalouse comparable à celle qu'on observe au Maroc, en Tunisie ou en Turquie ?
La réponse, difficile à formuler sans paraître polémique mais impossible à éviter sans rester incomplet, tient dans ce que le sociologue Emad Fawaz formule avec une pertinence qu'on ne peut contester : si une culture ne parvient pas à être influencée par les cultures qui l'environnent, c'est peut-être qu'il n'y a pas de substrat préexistant suffisamment structuré pour recevoir et transformer cet apport. Benedict Anderson et son contemporain Eric Hobsbawm dans The Invention of Tradition, publiés tous deux en 1983, ont montré que les nations postcoloniales d'Afrique et d'Asie construisent leur conscience nationale en mobilisant des outils identitaires comme la cartographie, le recensement et les musées pour imaginer la validité de leur communauté politique. Mais ces outils ne peuvent fonctionner qu'à condition qu'il existe un matériau historique à organiser. En l'absence de ce matériau, ils produisent non pas une identité mais une revendication d'identité, ce qui est fondamentalement différent.
Le Maroc n'a pas ce problème. Sa continuité étatique est ininterrompue depuis les Idrissides en 789. Ses dynasties, Idrissides, Almoravides, Almohades, Mérinides, Saadiens, Alaouites sont documentées, fouillées, analysées par des dizaines d'universités mondiales, de l'Encyclopaedia Britannica à la Cambridge University Press. Ses frontières n'ont pas été tracées par un colonisateur. Son identité amazighe, arabe et islamique est millénaire, intégrée, vivante. Et c'est précisément cette richesse qui fait de lui une cible car on ne vole que ce qui vaut quelque chose.
L'obsession algérienne pour le Maroc, pour sa culture, son histoire, ses figures, ses dynasties, ses arts culinaires, sa musique, son artisanat, ses revendications territoriales, n'est pas, au fond, de la haine. La haine est une émotion simple. Ce qui se joue ici est plus complexe et plus triste : c'est la douleur sourde d'une nation qui cherche dans le miroir de l'autre le reflet qu'elle ne trouve pas dans le sien. Six décennies de réécriture institutionnelle, de censure académique, de fabrication mémorielle n'ont pas produit l'identité cherchée. Parce que l'identité ne se décrète pas mais elle se construit sur des siècles, se transmet dans les familles, se vit dans les rues, se respire dans les villes. Le Maroc la possède depuis des millénaires. Et aucun copié-collé ne peut en reproduire la profondeur.






Le maroc création française HUBERT LYAUTEY sans histoire car aucune dynastie amazigh purement marocain n'a EXISTER ni gouverner hormis les baghouita vers agadir tout est étranger le marocain est comme.un clandestins qui cherche c'est papier est il a trouver c'est une parti de sont géniteur L ALGERIEN un morceau de papier....pauvres clandestins de histoire maroc cette création française HUBERT LYAUTEY