LES FTOURS COLLECTIFS AU MAROC, LA SOLIDARITÉ EN ACTION
- Brahim Al Maghribi

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Au Maroc, le mois béni du Ramadan ne se vit pas seulement dans l’intimité des foyers. Il s’exprime aussi dans l’espace public, à travers une tradition profondément enracinée : celle des ftours collectifs. Chaque soir, au moment de la rupture du jeûne, des tables sont dressées dans les quartiers, les mosquées, les zaouïas et les espaces associatifs, incarnant un esprit de partage qui dépasse les frontières sociales.
Le ftour collectif repose sur un principe simple et noble : permettre à chacun de rompre son jeûne dans la dignité. Étudiants éloignés de leur famille, voyageurs, personnes en situation de précarité ou simples passants trouvent à ces tables une place et un repas chaud. La harira, les dattes, le pain traditionnel, la chebbakiya et le thé à la menthe composent souvent ces repas solidaires, reflétant l’authenticité du patrimoine culinaire marocain.
Cette tradition s’inscrit dans la continuité des valeurs islamiques de générosité et de solidarité. Le Ramadan est le mois de la zakat et de la sadaqa, périodes durant lesquelles les actes de charité se multiplient. Les ftours collectifs deviennent ainsi une manifestation concrète de la fraternité religieuse. Ils matérialisent l’enseignement selon lequel la foi se traduit par le soutien aux plus vulnérables.
Dans de nombreuses villes du Royaume, des associations locales, des bienfaiteurs et des institutions organisent chaque année des milliers de repas. Les mosquées jouent un rôle central dans cette mobilisation. Certaines mettent à disposition leurs esplanades, d’autres coordonnent la distribution des repas à emporter. Les initiatives se structurent, s’organisent et s’inscrivent dans une dynamique de solidarité nationale.
Au-delà de l’aspect caritatif, le ftour collectif renforce la cohésion sociale. Autour d’une même table, des personnes d’origines et de conditions différentes partagent un instant identique : celui de la rupture du jeûne. Ce moment suspendu efface les distinctions sociales et rappelle l’égalité fondamentale des croyants devant notre Créateur. Il favorise les échanges, ravive les liens de voisinage et nourrit le sentiment d’appartenance à une communauté unie.
Dans les quartiers populaires comme dans les centres urbains, ces rassemblements créent une atmosphère particulière. Le silence qui précède l’adhan, les mains levées en invocation, puis le premier geste pour rompre le jeûne traduisent une intensité spirituelle collective. Cette dimension communautaire du Ramadan constitue l’une des spécificités les plus visibles de la société marocaine.
Sous le règne de SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, la promotion des valeurs de solidarité et de cohésion sociale s’inscrit dans une vision globale de développement humain. Le Ramadan devient ainsi un moment privilégié pour renforcer les liens entre les citoyens et encourager l’engagement associatif.
Les ftours collectifs témoignent d’une réalité essentielle : au Maroc, la spiritualité se déploie dans le partage, l’entraide et la responsabilité collective. À travers ces tables dressées chaque soir, c’est une nation qui affirme sa capacité à conjuguer foi, générosité et unité.






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