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MUSTAPHA HADJI : "ON A GRANDI AVEC FEU SM HASSAN II DANS NOTRE SALON, COMMENT CHOISIRUN AUTRE DRAPEAU ?"

MUSTAPHA HADJI : "ON A GRANDI AVEC FEU SM HASSAN II DANS NOTRE SALON, COMMENT CHOISIRUN AUTRE DRAPEAU ?"

Il y a des noms qui ne quittent jamais la mémoire collective marocaine. Des noms qui évoquent à la fois le talent, la fierté et une époque où le football national a commencé à s'imposer sur la scène internationale. Mustapha Hadji est de ceux-là. Berger dans la province de Guelmim avant de devenir Ballon d'Or africain 1998, artisan majeur des grandes heures de la sélection nationale, il demeure aujourd'hui une figure respectée, admirée, et surtout profondément attachée à son pays. En cette période de coupe du monde, Maroc Patriotique a souhaité rendre hommage à celui qui incarne, par son parcours et sa sincérité, l'âme du football marocain.


Mustapha Hadji naît le 16 novembre 1971 à Ifrane Atlas Saghir, dans la province de Guelmim, dans le sud du Maroc. Son enfance n'a rien d'un conte sportif classique. Avant de découvrir le football, il garde les troupeaux, dans un environnement où le ballon rond n'occupe aucune place particulière dans l'horizon d'un enfant. Vers l'âge de dix ans, il rejoint la France avec sa famille, grandissant d'abord à Saint-Étienne, puis à Montceau-les-Mines et à Creutzwald, en Lorraine. C'est dans cette région qu'un homme, l'entraîneur Alain Perrin, repère le jeune Hadji et lui ouvre les portes du football professionnel. En 1992, à 21 ans, il débute sa carrière avec l'AS Nancy-Lorraine.


Un épisode de cette période dit déjà tout de l'homme qu'il deviendra. Sélectionné par l'équipe de France espoirs, Mustapha Hadji refuse. Il choisit de porter, dès qu'il en a l'occasion, le maillot du Maroc. Cette occasion arrive en octobre 1993, contre la Zambie : sa première sélection avec les Lions de l'Atlas. L'année suivante, il participe à la Coupe du monde 1994 aux États-Unis, sa première apparition sur la scène mondiale.


Sa carrière de club le mène ensuite à travers l'Europe. En 1996, il rejoint le Sporting Portugal pour une saison. En 1997, il signe pour le Deportivo La Corogne, en Liga espagnole, où il retrouve son compatriote international Noureddine Naybet. C'est dans ce club, alors au sommet du football espagnol, qu'il vit l'une des saisons les plus marquantes de sa carrière de footballeur. En 1998, lors de la Coupe du monde en France, il inscrit un but resté dans toutes les mémoires marocaines contre la Norvège, après une course de soixante mètres balle au pied. Ce but, combiné à un retourné acrobatique inscrit à la dernière minute face à l'Égypte lors de la CAN 1998, qui qualifie le Maroc pour les quarts de finale, lui valent une reconnaissance internationale immédiate. Cette même année 1998, Mustapha Hadji est élu Ballon d'Or africain, devançant des noms aussi prestigieux que ceux d'Augustine Okocha, George Weah, Nwankwo Kanu ou Benni McCarthy. Il devient le quatrième Marocain à recevoir cette distinction, après Ahmed Faras (1975), Badou Zaki (1979) et Mohamed Timoumi (1985).



Le but contre la Norvège et la performance de la Coupe du monde 1998 lui valent un transfert retentissant vers Coventry City, en Angleterre, pour 5,5 millions de livres sterling, où il dispute 62 matchs et inscrit 16 buts. En 2001, il rejoint Aston Villa pour un contrat de 10 millions de livres sterling, avant un passage de quatre mois à l'Espanyol de Barcelone. Sa carrière se poursuit ensuite à Al Aïn aux Émirats Arabes Unis, puis au FC Saarbrücken en Allemagne, avant de s'achever en 2009 au Fola Esch, club doyen du football luxembourgeois, où il met un terme à sa carrière professionnelle à l'âge de 38 ans.


Avec les Lions de l'Atlas, Mustapha Hadji aura porté le maillot national de 1993 à 2002, disputant son dernier match contre le Mali. Le bilan officiel de la Fédération Royale Marocaine de Football fait état de 64 matchs pour 12 buts, et deux participations en Coupe du monde, 1994 et 1998. Au-delà des statistiques, c'est la fidélité indéfectible à son pays d'origine qui structure toute cette trajectoire. Comme le note la presse spécialisée, le meneur de jeu marocain est vraiment attaché à son pays, pour lui la sélection nationale est plus importante qu'un club, une fidélité qui a, selon certains observateurs, possiblement pesé sur l'optimisation pure de sa carrière en club au profit de son engagement constant envers le Maroc.


L'entretien exclusif accordé à Maroc Patriotique avant la CAN 2025


Il y a plusieurs mois, Mustapha Hadji nous avait accordé un moment rare, d'une grande simplicité et beaucoup de franchise et de pudeur.


Maroc Patriotique : Quand vous repensez à votre première sélection avec l'équipe nationale, qu'est-ce qui vous revient en premier : la fierté, la pression ou le sentiment de représenter tout un peuple ?


Mustapha Hadji : "En fait, c'est les trois en même temps. Il y a une pression énorme parce qu'on représente un drapeau, on représente une nation. Et au-delà de ça, il y a une grande fierté. Une fierté pour tous ceux qui me connaissent, pour mon parcours. J'ai réalisé un rêve. J'ai toujours voulu jouer pour l'équipe nationale. C'est un privilège énorme, parce qu'à l'époque on était 30 ou 35 millions de Marocains, aujourd'hui on est près de 40 millions, et être parmi les 11 ou les 22 sélectionnés pour représenter son pays, c'est exceptionnel. Mais cette fierté vient avec une responsabilité. On sait qu'on est les premiers ambassadeurs de notre pays. On se doit d'être positifs, performants et exemplaires, sur le terrain et en dehors. J'ai réalisé un rêve d'enfant. J'étais berger, je ne connaissais même pas le football, et un jour je me suis retrouvé au milieu de ces privilégiés. J'ai émigré en France, mais j'ai toujours voulu revenir vers mon pays, par la plus grande porte : l'équipe nationale."


MP : Concrètement, que signifie pour vous le fait de porter le maillot du Maroc ?


Mustapha Hadji : "Quand on est international et qu'on représente une nation, on se doit d'être exemplaire pour la jeune génération. On véhicule une image. On doit transmettre une éducation, un respect de nos traditions et notre religion. Quand on est international, on ne porte pas seulement un maillot. On porte une histoire, notre culture et une responsabilité. Tout ça fait qu'il faut être exemplaire sur le terrain et en dehors."


MP : Quelle a été la décision la plus difficile de votre carrière ?


Mustapha Hadji : "C'est le moment où j'ai quitté le Sporting Portugal. On m'avait demandé de patienter une saison, car le FC Barcelone me suivait de près. Mais je voulais jouer la Ligue des champions avec le Deportivo La Corogne, qui était au sommet à ce moment-là. Avec le recul, c'était peut-être un manque de patience, un manque d'expérience. Si j'avais attendu encore six mois, peut-être que j'aurais joué au FC Barcelone."


MP : Y a-t-il un match avec les Lions de l'Atlas que vous n'avez jamais digéré ?


Mustapha Hadji : "Oui. Le quart de finale de la Coupe d'Afrique contre l'Afrique du Sud."



MP : À l'inverse, quel est le moment fort en sélection qui n'a pas été assez reconnu ?


Mustapha Hadji : "Le match au Ghana, lors des qualifications pour la Coupe du monde 1998. On jouait à 13h30, dans des conditions très difficiles, face à une grande équipe avec Abedi Pelé et d'autres grands noms. On menait 2-0, mais on nous a retiré un point à cause de la pression du public. Ce match a été décisif pour notre qualification, mais il est souvent oublié. Pour nous, les joueurs de l'époque, il reste exceptionnel."


MP : Comment percevez-vous l'arrivée massive de joueurs binationaux par rapport à votre époque ?


Mustapha Hadji : "À mon époque, quand on était nord-africain et musulman, on n'avait pas toutes les portes ouvertes. Même Zinedine Zidane a été dénigré au départ. Il y avait autant de talent avant qu'aujourd'hui, mais moins d'opportunités. Je pense que notre génération a ouvert les portes, montré que nous étions des joueurs sérieux, respectueux et bien éduqués. À l'époque, avoir quatre ou cinq joueurs nord-africains en Ligue 1 était presque impossible. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, et tant mieux."


MP : Qu'est-ce qui doit primer pour un sélectionneur : le rendement immédiat ou l'engagement envers le maillot ?


Mustapha Hadji : "L'engagement profond. On ne triche pas avec le cœur. Un joueur doit se sentir privilégié d'être là. Le rendement est important, mais l'équipe nationale, c'est une nation, pas un club. Quand tu viens en sélection, tu dois venir comme un soldat, prêt à te sacrifier pour les autres. C'est comme ça que tu grandis."


MP : Les anciens internationaux sont-ils suffisamment écoutés aujourd'hui ?


Mustapha Hadji : "Sincèrement, je ne sais pas. C'est à vous, les médias, de le dire."


MP : Vous avez rencontré Feu Sa Majesté le Roi Hassan II. Que retenez-vous de cet échange ?


Mustapha Hadji : "J'ai eu le privilège d'être invité personnellement au palais. À l'époque, c'était très rare que des joueurs de haut niveau choisissent le Maroc. Il m'a demandé : 'Pourquoi vous avez choisi le Maroc ?'. Alors je lui ai raconté une anecdote. Je lui ai dit que j'avais grandi avec son portrait dans le salon. Un jour, pendant la fête de l'Aïd, j'ai demandé à mes parents : 'Mon oncle, celui qui est en photo là, il ne vient jamais à la fête ?'. Mes parents m'ont expliqué que ce n'était pas un oncle, mais qu'il faisait partie de notre famille depuis toujours. Je lui ai dit : 'On a vos photos dans notre salon, dans nos chambres. On a grandi avec vous. Comment pourrais-je choisir un autre drapeau, un autre hymne national ? C'est impossible pour moi.' J'avais 22 ans. Il m'a dit que j'étais très mature, et ça m'a énormément touché. Quand il m'a demandé ce dont j'avais besoin, je lui ai répondu : 'Le café que je bois avec vous vaut tout l'or du monde. Des millions de Marocains rêveraient d'être assis à ma place. Je ne veux rien.'"


MP : Et votre regard sur Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste ?


Mustapha Hadji : "C'est quelqu'un d'humain, de sensible, qui agit pour son peuple. Personnellement, c'est la meilleure personne que j'ai rencontrée humainement. Ce qu'il a fait pour notre pays est immense. On peut tous lui dire merci."


MP : Quel souvenir aimeriez-vous que les Marocains gardent de vous ?


Mustapha Hadji : "L'humanité. Si je suis ce que je suis aujourd'hui, c'est grâce aux Marocains et à leur amour."


Ce qui frappe chez Mustapha Hadji, c'est cette humilité intacte, une accessibilité sincère et cette capacité à parler vrai, sans posture ni nostalgie excessive. Du berger de la province de Guelmim au Ballon d'Or africain, de Nancy à Coventry, du palais royal de Feu SM Hassan II aux confidences sur SM le roi Mohammed VI, le parcours de Mustapha Hadji est celui d'un homme qui n'a jamais cessé d'appartenir, par le cœur, à la terre qui l'a vu naître. L'interview qu'a accordé Mustapha Hadji à Maroc-Patriotique est un témoignage précieux, une conversation entre générations, offerte à tous les Marocains qui vibrent, hier comme aujourd'hui, pour le football national.



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