ZAKARIA EL HAMEL, L'ENFANT D'OUJDA QUI PORTE LE NOM DE NELSON MANDELA JUSQU'EN ITALIE
- Brahim Al Maghribi

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Le 18 juin 2026, un communiqué tombe depuis l'Italie et change la trajectoire d'un militant marocain resté longtemps loin des projecteurs nationaux. Zakaria El Hamel, fondateur de l'association Jeunesse pour la Paix et le Dialogue entre les Cultures, vient d'être désigné lauréat de la deuxième édition du Prix international Nelson Mandela des droits de l'Homme, décerné dans le cadre du Peace, Freedom and Human Rights International Award. La nouvelle, relayée par plusieurs médias panafricains dont Realnews Magazine et APA News, consacre vingt ans d'un travail de terrain mené depuis Oujda, loin des grandes tribunes internationales mais ancré dans les écoles, les associations et les quartiers du Royaume.
Tout commence à Berkane, où Zakaria El Hamel naît dans une famille marquée par l'engagement puisque son père, était également défenseur des droits humains et c'est dans cette mémoire familiale que le jeune Zakaria puise sa vocation. Scout dès l'âge de sept ans, initié tôt à la diversité religieuse par un père qui en fait une cause de vie, il choisit des études de droit avant de se consacrer entièrement au militantisme associatif.
En 2005, à Oujda, il fonde Jeunesse pour la Paix et le Dialogue entre les Cultures. L'association se construit autour d'une conviction simple, que la paix ne se décrète pas mais s'enseigne, verset après verset, génération après génération. Les ateliers se multiplient dans les écoles, les places publiques, les villages reculés du Maroc oriental. Vendeurs de rue, enfants, jeunes leaders associatifs, tous deviennent les destinataires d'un même message sur la Déclaration universelle des droits de l'Homme, ses principes, sa portée concrète dans la vie quotidienne. Le communiqué officiel évoque plus de cinquante mille jeunes sensibilisés à travers ces campagnes, un chiffre qui mesure moins une statistique qu'une présence continue sur le terrain, année après année.
La reconnaissance internationale ne tarde pas à suivre le travail de fond. En 2010 déjà, Zakaria El Hamel représente la jeunesse marocaine au Sommet international des droits humains des Nations Unies à Genève, une expérience qu'il décrit comme un tournant, le moment où l'engagement local rencontre pour la première fois la scène mondiale. Il en revient avec une conviction renforcée, celle que l'extrémisme et le fanatisme se combattent d'abord par l'éducation et le dialogue, jamais par l'exclusion. En 2017, le Pan-African Humanitarian Award salue son travail sur la tolérance religieuse, ainsi que le rapporte The African Magazine. Deux ans plus tard, en 2019, il figure parmi les lauréats du Prix du Public pour la Paix, une distinction qui le présente alors comme un jeune militant des droits de l'homme au Maroc encourageant une nouvelle génération à défendre la paix dans un monde en turbulence, selon les termes mêmes de l'organisation décernant le prix sur son site officiel.
Son parcours dépasse rapidement les frontières du seul militantisme associatif. Membre de la Fondation Anna Lindh, partenaire de la Coalition pour la Cour pénale internationale, il participe à la série documentaire Voices for Humanity, diffusée selon ses propres mots dans plus de deux cent quarante pays et territoires à travers le monde. L'épisode qui lui est consacré retrace le chemin du Maroc en matière de droits humains, des années de plomb jusqu'à une consolidation de la paix aujourd'hui portée par la jeunesse, un récit où son expérience personnelle devient l'illustration d'une trajectoire nationale plus large. Cette visibilité internationale ne l'éloigne pourtant jamais du terrain. En novembre 2025, à l'occasion de la Journée de la Méditerranée, il conçoit un concert intitulé Sons de la base, les voix des jeunes pour la paix et le dialogue à travers la Méditerranée, avec la participation du maâlem Abdelkader Amlil, dont la musique gnaouie incarne la fusion des traditions africaines, berbères et arabes, un symbole musical de ce dialogue interculturel qu'il défend depuis deux décennies.
C'est dans cette continuité que s'inscrit la distinction annoncée en juin 2026. Le comité scientifique du Peace, Freedom and Human Rights International Award, qui réunit la Fondation pour la Paix Mondiale, l'Académie internationale Léopold Sédar Senghor d'Arcore et l'Académie des Arts et Sciences philosophiques de Bari, décide de lui attribuer le prix portant le nom de Nelson Mandela, figure universelle de la réconciliation et de la lutte contre l'apartheid. La cérémonie officielle, prévue le 19 septembre 2026 au château normand-souabe de Sannicandro di Bari, se déroulera sous le patronage de la Chambre des députés italienne, qui remettra à cette occasion un Prix de Représentation matérialisé par une médaille d'argent frappée du sceau du Parlement italien et d'une gravure du Palazzo Montecitorio de Rome. Il convient de préciser, par souci de rigueur journalistique, que cette distinction italienne ne doit pas être confondue avec le prix Nelson Rolihlahla Mandela proprement dit, attribué tous les cinq ans par l'Assemblée générale des Nations Unies. Il s'agit ici d'une reconnaissance distincte, portée par un cadre académique et associatif italien, mais dont la dimension institutionnelle, renforcée par le soutien parlementaire, n'en demeure pas moins significative pour la diplomatie citoyenne marocaine.
Au-delà du symbole, cette distinction met en lumière un pan souvent discret de la société civile marocaine, celui des acteurs locaux qui construisent, sans bruit ni grand discours, des ponts entre les communautés et que ce travail de proximité, mené dans les écoles et les quartiers d'Oujda, reste habituellement moins visible que les grands forums internationaux, mais qu'il n'en pèse pas moins lourd dans la construction d'une image du Maroc fondée sur le dialogue et la tolérance. Dans un contexte régional où les tensions identitaires et les crispations diplomatiques se multiplient, l'itinéraire de Zakaria El Hamel rappelle qu'une autre diplomatie existe, faite de patience, d'éducation et de constance, et que cette diplomatie citoyenne porte, elle aussi, les couleurs du Royaume sur la scène internationale.
De Berkane à Oujda, de Genève à Bari, le parcours de Zakaria El Hamel dessine une trajectoire singulière, celle d'un homme qui a transformé une mémoire familiale forgée dans les années de plomb en un projet de vie tourné vers la réconciliation. Vingt ans après la création de son association, alors que son nom s'associe désormais à celui de Nelson Mandela sur une scène européenne, son combat reste fondamentalement le même, convaincre une jeunesse marocaine et méditerranéenne que la diversité religieuse et culturelle n'est pas une menace mais une richesse à transmettre. La cérémonie de septembre 2026 à Bari ne sera, à n'en pas douter, qu'une étape supplémentaire dans ce parcours. Car au fond, ce que cette distinction célèbre, c'est la preuve vivante qu'un militantisme né dans les marges de l'Oriental marocain peut aujourd'hui résonner jusqu'au cœur des institutions européennes, et que la voix de la jeunesse marocaine pour la paix continue, patiemment, de se faire entendre dans le monde.






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