AVANT L’ÉLECTRICITÉ, COMMENT LES VILLES MAROCAINES S’ÉCLAIRAIENT
- Brahim Al Maghribi

- il y a 14 heures
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Bien avant l’avènement de l’électricité, les villes marocaines vivaient au rythme d’une lumière fragile mais profondément symbolique. À la tombée du jour, lorsque le soleil disparaissait derrière les remparts des médinas, un autre monde s’installait : celui des lampes à huile, des lanternes suspendues et des flammes vacillantes éclairant ruelles, patios et mosquées. Cet éclairage, à la fois utilitaire et spirituel, faisait partie intégrante de l’organisation urbaine et de l’esthétique nocturne des cités marocaines.
Dans les médinas impériales telles que Fès, Marrakech ou Meknès, l’éclairage reposait principalement sur des lampes alimentées à l’huile d’olive ou à d’autres huiles végétales. Les foyers disposaient de petites lampes en terre cuite ou en métal, dont la mèche trempait dans l’huile, produisant une lumière tamisée. Les maisons traditionnelles, organisées autour d’un patio central, laissaient filtrer cette lueur à travers les galeries intérieures, créant une atmosphère à la fois intime et solennelle.
Les mosquées bénéficiaient d’un soin particulier. Suspendues aux plafonds ou accrochées aux arcades, des lampes en verre ou en cuivre illuminaient les salles de prière. Certaines étaient richement décorées, témoignant du raffinement artistique marocain. Des chroniqueurs et voyageurs européens du XIXe siècle décrivent l’éclat des lampes des grandes mosquées, dont la lumière se reflétait sur les zelliges et les boiseries sculptées, offrant un spectacle saisissant.
L’espace public n’était pas laissé dans l’obscurité totale. Des lanternes étaient installées à des points stratégiques des ruelles principales et des places. Dans certains quartiers, des gardiens de nuit veillaient à l’entretien et à l’allumage de ces sources lumineuses. Leur mission consistait à assurer un minimum de visibilité et de sécurité, dans des cités où l’obscurité pouvait rapidement devenir totale.
Le mois béni du Ramadan conférait à cet éclairage une dimension particulière. Les nuits devenaient plus animées : prières de Tarawih, veillées spirituelles, déplacements vers les mosquées et rassemblements familiaux prolongeaient l’activité bien au-delà du coucher du soleil. Les lanternes des médinas étaient alors plus nombreuses, les patios restaient éclairés plus tard, et l’ambiance nocturne prenait une tonalité chaleureuse et recueillie.
Les récits historiques relatent que dans certaines grandes villes, les autorités locales veillaient à renforcer l’éclairage durant le Ramadan, conscients de l’importance de la circulation nocturne. La lumière devenait un vecteur de spiritualité collective. Elle guidait les fidèles vers les mosquées, accompagnait les récitations coraniques et soulignait la sacralité des nuits, notamment durant les dix derniers jours marqués par la recherche de Laylat al-Qadr.
L’introduction progressive de l’éclairage public moderne débute au Maroc à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle dans certains centres urbains, avec les premières installations au gaz puis à l’électricité dans les quartiers administratifs. Toutefois, dans les médinas, les systèmes traditionnels ont perduré longtemps, coexistant avec la modernité naissante. Cette transition progressive illustre l’adaptation des villes marocaines sans rupture brutale avec leur héritage.
Au-delà de la simple fonction utilitaire, l’éclairage ancien des cités marocaines façonnait une esthétique et un rapport au temps différents. La lumière faible imposait un rythme plus lent, un silence respecté et une proximité sociale renforcée. Les ombres des ruelles, les éclats dorés des lanternes et les silhouettes se détachant dans la pénombre composaient une atmosphère singulière, aujourd’hui encore recherchée dans l’imaginaire collectif.
Sous le règne de SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, la valorisation des médinas historiques et la restauration du patrimoine architectural permettent de préserver cette mémoire lumineuse. Les lanternes traditionnelles, restaurées ou reproduites, rappellent que l’identité urbaine marocaine s’est construite à la lueur d’une flamme bien avant l’ampoule électrique.
Ainsi, l’éclairage des villes marocaines avant l’électricité participait d’un art de vivre, d’une organisation sociale et d’une spiritualité nocturne, particulièrement visible pendant le Ramadan. Ces lumières anciennes, vacillantes mais persistantes, ont façonné l’âme des médinas et continuent d’inspirer la mémoire collective du Royaume.






Les villes marocaines, avant l’électricité, vivaient déjà selon leur rythme et leur lumière. Lanternes et lampes à huile façonnaient l’espace urbain avec simplicité et ingéniosité, un reflet discret du savoir-faire de nos ancêtres. 🇲🇦