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LA SINIYA, LE PLATEAU AUTOUR DUQUEL SE RETROUVENT LES MAROCAINS

LA SINIYA, LE PLATEAU AUTOUR DUQUEL SE RETROUVENT LES MAROCAINS

Dans le quotidien marocain, la siniya n’a rien d’un objet figé dans le passé. Elle est vivante, présente dans les foyers, manipulée chaque jour, portée, reposée, remplie, vidée, nettoyée, puis reprise encore. Elle accompagne les matins calmes, les visites imprévues, les discussions qui s’étirent l’après-midi comme les soirées familiales. Sa présence est si naturelle qu’elle en devient presque invisible, tant elle fait partie du décor et des gestes.


Le mot siniya désigne le plateau, mais au Maroc, il renvoie immédiatement à un usage précis : le service du thé à la menthe. Généralement ronde, parfois octogonale, fabriquée en cuivre, en laiton ou en maillechort, avec ou sans ciselures, elle n’est jamais un simple support. Qu’elle soit modeste ou travaillée, ancienne ou récente, elle remplit toujours la même fonction : rassembler. La théière, les verres, le sucre y trouvent leur place dans un ordre connu de tous, sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer.


Depuis l’introduction du thé au Maroc entre le XVIIIᵉ et le XIXᵉ siècle, la siniya s’est imposée comme l’élément central du service. Le rituel s’est structuré autour d’elle. Elle définit l’espace, crée un centre, impose une temporalité particulière. Tant que la siniya est posée, le moment n’est pas terminé. Dans de nombreuses maisons, elle circule de main en main, se pose au sol, sur une table basse, puis se soulève avec assurance. Ces gestes s’apprennent très tôt, davantage par l’observation que par l’enseignement. Savoir porter la siniya sans faire trembler les verres, sans renverser le thé, fait partie des évidences du quotidien, au même titre que savoir accueillir.


Cette place centrale ne s’est pas limitée à l’espace domestique. La siniya a aussi trouvé un écho dans la culture populaire et la musique. Le groupe mythique Nass El Ghiwane, profondément enraciné dans le vécu social marocain, lui a dédié une chanson intitulée Essiniya. À travers elle, le plateau devient bien plus qu’un objet : il incarne le foyer, le partage, parfois même la condition sociale et la parole populaire. Fidèle à l’esprit du groupe, la siniya y symbolise le Maroc réel, celui des gens, des gestes simples et de la vie quotidienne.


La siniya n’appartient à aucune catégorie sociale particulière. On la retrouve aussi bien dans les campagnes que dans les villes, dans les appartements modernes comme dans les maisons traditionnelles. Certaines sont neuves, d’autres portent les marques du temps et se transmettent comme un héritage, mais toutes remplissent le même rôle. Ce ne sont pas des objets d’apparat, mais des objets de vie. La siniya fait partie de ces rares éléments du patrimoine marocain qui traversent les générations sans rupture, parce qu’ils répondent à un besoin simple et profondément marocain : se retrouver autour d’un thé.

1 commentaire


Youssef.B
Youssef.B
il y a un jour

Un bel article qui rappelle combien la siniya fait partie de notre quotidien. Un objet simple qui réunit les familles et reflète l’hospitalité marocaine. Un vrai symbole de notre manière de vivre. 🇲🇦

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