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LE NAFAR, LA VOIX DU RAMADAN DANS LES MÉDINAS MAROCAINES

LE NAFAR, LA VOIX DU RAMADAN DANS LES MÉDINAS MAROCAINES

Lorsque la nuit enveloppe les médinas du Royaume durant le mois béni du Ramadan, une silhouette singulière fend le silence des ruelles étroites. Drapé dans une djellaba traditionnelle, parfois coiffé d’un tarbouche et tenant une lanterne, le Nafar parcourt les quartiers avant l’aube pour réveiller les habitants à l’heure du suhoor. Son appel, rythmé par le son profond de sa trompe, appartient à ces traditions vivantes qui font du Maroc un pays où la mémoire collective s’inscrit encore dans le quotidien.


Le Nafar n’est pas un simple veilleur nocturne. Il est le gardien d’un rituel ancestral. Bien avant l’apparition des réveils mécaniques et des applications mobiles, sa mission consistait à frapper les esprits et les portes pour prévenir les familles de l’approche de l’aube. Son instrument, une longue trompe en cuivre ou en laiton, produit un son grave et reconnaissable, capable de se propager à travers les dédales des médinas.


Historiquement, la fonction du Nafar s’inscrit dans l’organisation traditionnelle des cités marocaines. Dans les grandes médinas comme celles de Fès, Marrakech ou Salé, chaque quartier disposait de son Nafar, chargé d’assurer ce service communautaire pendant tout le mois sacré. Il était choisi pour sa fiabilité, sa voix puissante et sa connaissance des ruelles. Sa présence nocturne incarnait à la fois la solidarité de voisinage et la discipline collective.


Sa tournée commençait généralement dans la dernière partie de la nuit. À intervalles réguliers, il soufflait dans son instrument tout en récitant des invocations ou des formules rappelant aux habitants de se lever pour prendre le suhoor. Ce moment, empreint de spiritualité, marquait la transition entre le repos nocturne et la préparation au jeûne de la journée.


Au fil du temps, la modernisation des villes et la transformation des modes de vie ont réduit le rôle fonctionnel du Nafar. Pourtant, loin de disparaître totalement, cette tradition subsiste dans plusieurs médinas, préservée comme un élément du patrimoine immatériel marocain. Dans certaines villes, les autorités locales et les acteurs associatifs veillent à maintenir cette coutume, consciente de sa valeur culturelle et symbolique.


Le Nafar représente bien plus qu’un réveil ambulant. Il symbolise un mode d’organisation sociale fondé sur la proximité et l’entraide. Sa silhouette nocturne rappelle que le Ramadan au Maroc ne se limite pas aux tables du ftour ou aux prières des mosquées ; il s’inscrit aussi dans ces gestes simples qui relient les habitants d’un même quartier.


Sous le règne de SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, la valorisation du patrimoine immatériel constitue un axe essentiel de la politique culturelle nationale. Le Nafar, comme d’autres traditions populaires, participe de cette richesse civilisationnelle que le Royaume s’attache à préserver face aux mutations contemporaines.


Ainsi, lorsque le son grave de la trompe résonne dans les ruelles endormies, ce n’est pas seulement l’annonce du suhoor qui retentit. C’est l’écho d’une mémoire urbaine pluriséculaire, d’un art de vivre communautaire et d’une identité marocaine qui conjugue modernité et fidélité aux traditions. Le Nafar demeure, à sa manière, l’un des symboles les plus poétiques du Ramadan dans les médinas du Royaume.

1 commentaire


Youssef.B
Youssef.B
05 mars

Dans les médinas marocaines, le réveil du Ramadan s’appelait le nafar : il parcourait les ruelles avant l’aube pour annoncer le s’hour. Une vieille fonction de quartier qui existe encore dans certaines villes. 🇲🇦

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