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LES SPAHIS MAROCAINS, DE LA MARNE À BERCHTESGADEN, LE RÉGIMENT LE PLUS DÉCORÉ DE LA CAVALERIE FRANÇAISE EST NÉ AU MAROC
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LES SPAHIS MAROCAINS, DE LA MARNE À BERCHTESGADEN, LE RÉGIMENT LE PLUS DÉCORÉ DE LA CAVALERIE FRANÇAISE EST NÉ AU MAROC

LES SPAHIS MAROCAINS, DE LA MARNE À BERCHTESGADEN, LE RÉGIMENT LE PLUS DÉCORÉ DE LA CAVALERIE FRANÇAISE EST NÉ AU MAROC

Le 29 septembre 1918, sous le commandement du lieutenant-colonel Guespereau, le Régiment de marche de spahis marocains enlève successivement toutes les hauteurs dominant Uskub, l'actuelle Skopje, tenues par un ennemi retranché, déborde la ville, poursuit les colonnes en fuite et capture 5 pièces d'artillerie lourde, plus de 100 voitures, 1 000 têtes de bétail et de très nombreux prisonniers. Ce fait d'armes des massifs escarpés de Macédoine est inscrit en lettres d'or sur l'étendard d'un régiment créé quatre ans plus tôt au Maroc. Vingt-sept ans plus tard, le 3e escadron de ces mêmes spahis sera parmi les premières troupes françaises à entrer dans le "Nid d'aigle" d'Hitler à Berchtesgaden. Entre ces deux dates, une épopée militaire sans équivalent dans l'histoire de la cavalerie française.


En août 1914, alors que l'Europe s'embrase, le général Hubert Lyautey, résident général de France au Maroc depuis 1912, réussit à faire accepter par l'état-major français la création d'un régiment regroupant des escadrons de spahis marocains. Ce n'est pas une décision administrative ordinaire mais la conviction d'un homme qui a observé la qualité guerrière des cavaliers marocains de près, leur connaissance du terrain, leur endurance naturelle, leur sang-froid sous le feu. Le régiment prend son nom le 1er janvier 1915 : Régiment de marche de spahis marocains (RMSM). Le mot "spahi" lui-même vient du turc "sipahi", qui désigne les cavaliers de l'Empire ottoman, réapproprié par l'armée française en Afrique du Nord pour désigner ses unités de cavalerie légère. Mais dans les rangs du RMSM, l'identité est marocaine jusqu'au burnous.


Le régiment est transporté en France et rassemblé le 3 septembre 1914 aux environs d'Épernay, à l'heure exacte où la bataille de la Marne, l'une des rencontres décisives de la guerre, commence à se dessiner. Engagé au sein du 1er Corps de cavalerie, le RMSM participe à la bataille de la Marne et poursuit l'ennemi jusqu'à Juvincourt et Amifontaine, avant de prendre part à la course à la mer le long du front : Albert, Bapaume, Arras. Le 18 octobre 1914, à Radinghem, le 3e escadron attaque à pied et enlève le village dans un assaut dont le capitaine Causse, qui conduisit personnellement l'attaque à la tête de ses hommes, reçoit une citation à l'ordre du 1er Corps de cavalerie, au prix d'une grave blessure à la tête. Cette première citation à la Marne marque le début d'une accumulation de distinctions militaires qui, au fil des décennies, fera du RMSM le régiment de cavalerie le plus décoré de l'armée française, titre que le Ministère des Armées français reconnaît officiellement.


À partir du printemps 1915, le conflit changeant de nature, la cavalerie combat à pied dans les tranchées. Mais en 1917, le destin du RMSM bascule vers un théâtre d'opérations autrement plus favorable à ses qualités propres. L'état-major l'envoie sur le front d'Orient, dans les Balkans, où la géographie accidentée et les espaces ouverts correspondent mieux aux capacités d'une cavalerie légère formée à l'école des reliefs marocains. En Albanie, en Macédoine, en Serbie, le RMSM enchaîne les faits d'armes : Pogradec en 1917, Shkumbi en 1917, Bofnia en 1918. Mais c'est le 29 septembre 1918 que l'unité connaît son heure de gloire la plus spectaculaire.


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La manœuvre d’Uskub : la fête d’arme des régiments de spahis

Ce jour-là, après une marche longue et difficile à travers un massif montagneux élevé, le RMSM sous le commandement du lieutenant-colonel Guespereau enlève successivement dans un combat à pied très mordant toutes les hauteurs dominant Uskub, l'actuelle Skopje, capitale de ce qui est aujourd'hui la Macédoine du Nord, tenues par un ennemi retranché. Puis, débordant la ville, il se porte immédiatement sur les colonnes en fuite, bousculant leurs arrières-gardes et capturant 5 pièces d'artillerie lourde, plus de 100 voitures, 1 000 têtes de bétail et de très nombreux prisonniers. Le Ministère des Armées français classe aujourd'hui encore ce fait d'armes comme "la fête d'arme des régiments de spahis", l'action fondatrice qui est commémorée chaque année par le 1er régiment de spahis actuel. Après l'armistice du 11 novembre, le RMSM est mis à la disposition de l'armée serbe et continue à combattre contre les forces prussiennes de von Marckensen puis contre les mouvements révolutionnaires hongrois et roumains. L'étendard du régiment porte depuis lors les inscriptions de Macédoine gravées dans sa mémoire collective.


La Première Guerre mondiale se termine pour le RMSM avec cinq citations et la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire, distinction unique dont son étendard est le seul emblème de cavalerie à bénéficier dans toute l'armée française. À ces honneurs s'ajoutent la Croix de la bravoure serbe, la Croix de Karageorges de Serbie, et l'Ordre roumain de Michel le Brave. La décoration qui porte le plus de sens pour cette histoire est celle qui rappelle son origine et sa loyauté initiale : le Mérite militaire chérifien, distinction du Royaume du Maroc inscrite sur cet étendard qui sera ensuite recouvert d'autres gloires sur d'autres continents.



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Uniforme Saphis marocains 1830-1940

En 1940, quand la France est envahie et que le gouvernement de Vichy signe l'armistice, des éléments du 1er Régiment de spahis marocains font le choix de rejoindre la France. C'est depuis le continent africain, depuis le Maroc précisément, que le 1er Régiment de marche de spahis marocains (1er RMSM) se reconstruit. Il rejoint la 1re DFL au camp de Sabratha en Libye, puis opère au camp de Temara au Maroc où il devient le régiment de reconnaissance de la 2e Division Blindée du général Leclerc, l'unité la plus célèbre de la campagne de libération de la France. La transformation est totale : l'unité abandonne le cheval pour les automitrailleuses M8 et les blindés légers, mais conserve son âme, son burnous et son calot rouge distinctif qui étonne les populations libérées. Comme le note un témoin de l'époque cité par les archives de la Fondation de la France Libre : "Il y a probablement des gens qui s'imaginent que la réputation des Spahis de la Division Leclerc ne tient qu'à leur coiffure. Certes, un calot rouge, ce n'est pas très discret, cela fait même un peu tapageur. Seulement, s'il est voyant dans les cantonnements, le calot rouge l'est aussi dans les combats."


Le jour de Pâques 1944, le 1er RMSM embarque pour l'Angleterre, d'où il débarque le 31 juillet à Sainte-Mère-Église, en Normandie. Il s'illustre au Mans, à Écouché et à Argentan, dans les combats de la poche de Falaise, puis dans les Vosges et sur le front de l'Atlantique. À Strasbourg, l'obusier M8 "Anglemont" du 3e escadron est photographié dans la ville libérée le 25 novembre 1944. Au total, pendant toute la campagne de France, les spahis marocains de la 2e DB capturent plus de 26 000 soldats ennemis et détruisent vingt chars, vingt canons, 200 véhicules et même un avion. Ces chiffres établis par la Fondation de la France Libre sont la mesure concrète d'une efficacité opérationnelle qui transcende les grands récits pour s'inscrire dans les données brutes du combat. Le 3e escadron du 1er RMSM sera parmi les premières troupes françaises à entrer dans le "Nid d'aigle" d'Hitler à Berchtesgaden, en mai 1945. De Marrakech au repaire du Führer, il y a une histoire qui méritait d'être racontée.


Le 1er RMSM reçoit la Croix de la Libération le 7 août 1945. Trente-cinq Compagnons de la Libération ont servi dans ses rangs. À la Croix de guerre 1914-1918 avec cinq palmes s'ajoutent désormais la Croix de guerre 1939-1945 avec deux palmes, la Croix de guerre des TOE avec quatre palmes, et la "Presidential Unit Citation" américaine avec flamme. Cet étendard chargé de distinctions françaises, marocaines, serbes, roumaines et américaines résume, mieux que tout discours, l'amplitude géographique et temporelle d'une histoire militaire née dans les vertus équestres du Maroc et terminée sur les hauteurs de Berchtesgaden.


Le régiment actuel, le 1er Régiment de spahis, basé à Valence depuis 1984 au sein de la 6e Brigade légère blindée, perpétue cette tradition. Le burnous bleu est conservé comme tenue de tradition. La fête d'arme annuelle d'Uskub est célébrée chaque année. Et le calot rouge, ce couvre-chef qui signalait les cavaliers marocains au milieu des colonnes de Leclerc, continue de rappeler aux nouvelles générations que l'excellence militaire peut traverser des siècles et des continents lorsqu'elle est fondée sur quelque chose d'aussi solide que l'identité d'un peuple.



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